Lettre H

Concept de projet :

H — le Minotaure de la langue française

Au coeur du projet se trouve la lettre H — lettre paradoxale de la langue française. Prémière dans les mots Homme et Honneur, rarement prononcée, souvent contournée, elle ne possède pas de statut sonore central. Sa fonction est avant tout celle d’une séparation, d’un seuil, d’une articulation invisible du sens.

Cette particularité linguistique devient, chez Khulkar Yunusova, également connue sous le nom de Stella Polare, la métaphore d’une présence humaine réelle mais non reconnue, d’une existence maintenue dans le silence.

L’installation H est composée de 108 carrés, chacun mesurant 88 × 88 cm, sur lesquels sont imprimés des fragments de textes constitutionnels relatifs à la liberté humaine provenant de 108 pays du monde.

Ces fragments juridiques — fondements théoriques des droits et des libertés — s’entrelacent visuellement avec la formule répétée « H comme Homme », formant une trame rythmique continue, presque obsessionnelle.

Ce geste artistique instaure immédiatement une tension entre deux régimes du langage :

le langage du droit proclamé et le langage du signe symbolique.

La pulsation régulière de la phrase « H comme Homme » agit comme une respiration, un rappel, un rythme insistant — entrant en résonance directe avec les principes de la Déclaration universelle des droits de l’homme tout en révélant l’écart entre les valeurs proclamées et leur expérience vécue.

Créée dans le contexte de la pandémie mondiale et du confinement généralisé, l’installation prend pour point de départ une réflexion sur l’isolement, la restriction des libertés et l’existence humaine dans un espace clos. L’image du labyrinthe devient ici une métaphore centrale : un espace de perte, de répétition, d’enfermement sans issue évidente.

La figure du labyrinthe évoque naturellement celle du Minotaure — être marginalisé, enfermé, transformé en monstre par le seul fait de l’exclusion et condamné au silence. Cette référence n’est ni illustrative ni narrative : elle agit comme une structure symbolique.

Dans cette même perspective, le projet entre en dialogue avec le langage des gestes, dans lequel la lettre H correspond à un geste rappelant la figure du Minotaure — correspondance historiquement liée aux récits mythologiques de l’Antiquité.

Le corps, le signe et le mythe se rejoignent ici dans un même réseau de significations.

Le choix du format 88 × 88 cm n’est pas fortuit.

Le chiffre 8 renvoie à la lettre H comme huitième lettre de l’alphabet, mais aussi à l’idée de continuité, de cycle et d’infini. Le double huit (88) introduit une ambivalence volontaire : il symbolise à la fois la répétition, l’éternel retour, et évoque certaines des pages les plus sombres de l’histoire humaine.

Cette dualité souligne que les signes ne sont jamais neutres et que le langage peut être à la fois un instrument d’émancipation et un moyen d’oppression.

Présentée dans l’espace de l’Alliance Française, cette oeuvre acquiert une résonance particulière. En tant qu’institution dédiée à la langue, à l’échange culturel et à la transmission des savoirs, l’Alliance Française devient ici un lieu de réflexion critique sur le langage lui-même : sur ce qu’il rend visible, ce qu’il protège et ce qu’il choisit de taire.

Livres sur la Lettre H

Présentation dans le cadre de Conférence à la Sorbonne

Ce fut quatrième colloque organisé sur les communautés artistiques en exil le 5 novembre de 9h30 jau Campus Condorcet. Ce colloque international, labellisé UXIL, est cette fois-ci organisé par le Campus Condorcet, le Centre de recherches sur les arts et le langage (CRAL) de EHESS - Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Institut ACTE de l'University of Paris I: Panthéon-Sorbonne et Faculty of Liberal Arts and Sciences | FLAS Monténégro dans le cadre de l'appel à projets « Organisation de manifestations scientifiques — Automne 2025 ».